la bibliographie de Juliette Benzoni

critique « La vie de châteaux »

Classé dans : 01. Recueils de Nouvelles,23. Critiques — 24 novembre, 2008 @ 18:30

La vidéo de l’INA du 24 décembre 1998, émission « Un livre, un jour » de France 3
Dans le décor du piano bar de l’hôtel « la Villa » à CALVI, Olivier BARROT présente le livre de Juliette BENZONI « La Vie de Château » édité par BARTILLAT. Images d’archive INAavec une petite video de présentation du livre :

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« La vie de château n’est plus ce qu’elle était… »

Juliette Benzoni ressuscite les fastes campagnards de la Belle Epoque.

Qui n’a rêvé de posséder un château ? Qui n’a pas rêvé sur ces annonces offrant un castel médiéval, un nid d’aigle, un palais enchanté ou, même, plus modeste, un manoir un peu hanté ? Le château fait partie de nos désirs les plus secrets, de nos rêves les plus fous. La réalité est tout autre. Dans son dernier livre, La Vie de château, Juliette Benzoni se charge de nous ramener à la raison et à la possession de nos imaginaires châteaux en Espagne.

Certes, la vie de château qu’évoque Juliette Benzoni est définitivement révolue puisque c’est celle que l’on menait aux alentours de 1900, à la Belle Epoque. On peut donc avoir des frissons rétrospectifs en lisant simplement le menu offert par la princesse Alice de Monaco, en son château de Haut-Buisson, à des hôtes qui se nommaient Pierre Loti, lady de Grey et la duchesse de Camastra : melon glacé au porto, oeufs à l’aurore, langoustes à l’armagnac, chartreuses de pintades, pommes soufflées, chevreaux rôtis ornés de barquettes de mirabelles, salade, boeuf mode gelée, chicorée à la crème, compotes de fruits. Ouf ! On ne signale aucun décès à la suite d’un festin aussi pantagruélique et qui pour la châtelaine et ses invités n’avaient rien d’extraordinaire. On avait l’estomac solide en ce temps-là !

Un pareil banquet suppose une rigoureuse intendance. L’inventaire de la lingerie du duc d’Harcourt en son château d’Hury-Harcourt donnera le vertige à bien des ménagères d’aujourd’hui : 270 paires de draps, 326 nappes damassées, 1 036 serviettes de table. C’est vrai que dans les châteaux on recevait beaucoup et pas n’importe qui. La personne la plus invitée à cette époque est Louis-Gabriel Pringué. Bénie soit Juliette Benzoni d’avoir ressuscité Pringué et de tracer, en quelques pages, un brillant portrait de ce parfait mondain, gentilhomme breton et auteur d’ouvrages, hélas épuisés, comme ces Trente ans de dîners en ville qui sont une source d’anecdotes et de renseignements sur la vie dans les salons parisiens et dans les châteaux à la campagne. Pour qui sait lire entre les lignes, Pringué est une mine d’or encore inexplorée.

Tout n’était pas que frivolité en ces châteaux. En son château de la Jumellière, le marquis de Maillé mène une existence quasiment bureaucratique. Dès 9 heures du matin, il reçoit ses fermiers, travaille, entre deux visiteurs, à son énorme correspondance, jusqu’à midi. Il passe au petit salon puis à la salle à manger où il déjeune en famille. Service à la française, argenterie qui date de Louis XV. L’après-midi est moins austère, promenade, billard, croquet et lecture des journaux. Le soir, immuable, dîner de grand apparat, les hommes sont en habit, les femmes en décolleté. La soirée se termine vers 11 heures. Le marquis de Maillé est prêt à recommencer le lendemain une journée strictement semblable à celle qui vient de s’écouler.

On s’ennuie un peu dans ces châteaux, et Elisabeth de Gramont, duchesse de Clermont-Tonnerre, avoue qu’elle s’ennuyait en son château d’Ancy- le-Franc : « Comment peut-on s’ennuyer dans un endroit aussi beau qu’Ancy-le-Franc ? Eh bien, oui, je m’y ennuyais, et même terriblement. » C’est peut-être pour fuir ce terrible ennui qu’Elisabeth, Lily pour ses intimes, abandonna peu après son château et son époux pour suivre l’irrésistible Natalie Barney avec qui elle ne s’ennuya pas une seule minute. On en causa beaucoup à l’office. Car toute la féerique vie de château n’est possible qu’avec une très nombreuse domesticité. Cuisinière, femme de chambre, maître d’hôtel, cocher, sont, pour la plupart, fiers de servir d’aussi illustres familles.

En août 1914, maîtres et serviteurs prennent le chemin du front. C’est la fin de la vie de château, la fin d’un monde. A partir de cette date-là, la vie de château ne sera plus ce qu’elle était. Mais grâce à Juliette Benzoni et à sa Vie de château, on a l’illusion d’avoir participé aux fêtes de Boni de Castellane ou aux chasses de la duchesse d’Uzès.

 

Jean JalonLe Figaro (1998)

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